Flamenco Spa Hotel

 




François gara son vieux Land Rover dans le garage poussiéreux de la bastide, après avoir forcé la porte grinçante à s'ouvrir. Cela faisait des années que personne n'avait utilisé ce local. Les murs étaient noircis par le temps, et quelques outils rouillés pendaient encore au mur. Ce choix n'était pas anodin : en refermant la porte du garage derrière lui, François marquait symboliquement sa réappropriation des lieux, tout en évitant que la voiture reste à l'extérieur. Il avait besoin de faire le point au calme, de se retrouver avant d'affronter les questions du voisinage et les amis de son grand-père qui viendraient éventuellement aux nouvelles. Il ne savait pas encore s'il allait rester.

Le soleil de l'après-midi d'octobre allongeait les ombres des pins parasols, projetant une lumière dorée sur les murs lézardés de la bastide. Il était de retour à Allauch après plus de vingt ans d'absence. Pendant des années, son grand-père et sa grand-mère avaient attendu que "leur François" passe les voir. François avait servi plus de vingt ans sur tous les fronts de la France, en Afrique, en Europe de l'Est, au Moyen-Orient, sur tous les théâtres d'opération de la France. Il n'avait trouvé le temps de venir que deux fois en Provence. Sa mère, l'héritière du domaine, avait fait sa vie avec le père de François à Paris. Le grand-père était mort lorsque François était en Afghanistan, et la grand-mère, veuve, avait attendu en vain que François revienne pour reprendre l'affaire. Elle s'était éteinte, seule, alors qu'il était au Tchad. Il n'avait même pas pu venir à l'enterrement de ses grands-parents.

Aujourd'hui, devant lui, la bâtisse de son enfance était méconnaissable. Les volets de bois autrefois peints en bleu étaient ternis, certains pendaient, battant mollement au gré du mistral. Le jardin, jadis entretenu par son grand-père et ses ouvriers avec une rigueur quasi militaire, était devenu une jungle de ronces et de mauvaises herbes. Les serres, où prospéraient autrefois les fleurs et les plantes destinées aux marchés locaux, n'étaient plus que des carcasses de verre brisé et de fer rouillé.

François inspira le parfum mêlé des pins, de la terre chaude et d'une pointe de lavande sauvage, éveillant un élan de nostalgie. Ses mains tremblèrent légèrement lorsqu'il attrapa la poignée rouillée du portail. Il dut forcer pour le refermer, le grincement aigu brisant le silence régnant sur la propriété.

Bienvenue chez toi, capitaine, murmura-t-il avec un mélange d'ironie et de tristesse.

Depuis sa retraite forcée de la Légion étrangère, François n'avait cessé de chercher un nouveau combat à mener. Son choix de revenir ici, à la bastide familiale, n'était pas seulement motivé par la nostalgie. Il avait besoin d'un projet, quelque chose à réparer, à reconstruire – comme lui.

Il entra dans la maison, ses bottes écrasant des débris de verre et les feuilles mortes qui jonchaient le sol. L'intérieur était plongé dans une pénombre poussiéreuse, une odeur de renfermé et de moisi imprégnant l'air. Les meubles étaient encore là, fantômes du passé, recouverts de draps jaunis. Une photo encadrée sur le manteau de la cheminée attira son attention : son grand-père, posant fièrement devant une serre flambant neuve, une pelle à la main. François la prit, effaçant la poussière d'un revers de manche, et esquissa un sourire triste.

T'aurais pas aimé voir ça comme ça, Papi, murmura-t-il.

Il passa la journée à explorer la propriété, inspectant les bâtiments annexes, les hangars et les serres. Tout était à refaire, depuis la toiture jusqu'aux canalisations. Pourtant, à mesure qu'il arpentait les lieux, il pouvait presque entendre les rires de son enfance, voir sa grand-mère à la fenêtre appelant pour le déjeuner, et sentir le parfum des fleurs que son grand-père cultivait avec soin.

Le soir venu, assis sur les marches du perron, il réfléchit à son avenir. Les étoiles commençaient à percer le ciel sombre, et le chant des grillons emplissait l'air.

Et si on reconstruisait tout, murmura-t-il à voix haute, comme pour s'en convaincre.

Deux anciens compagnons d'armes, Sergueï et Ivan, devaient le rejoindre le lendemain. Eux aussi cherchaient une transition vers la vie civile. Ils l'aideraient, il le savait, mais ce projet, il n'était pas sûr de vouloir l'entreprendre. Il posa un regard sur la bastide, évaluant ses chances et ses motivations.

C'est sûr, il y aurait du boulot.



Chapitre 2 : L'arrivée du clan de Pedro





La nuit tombait sur la bastide, enveloppant le domaine d'un calme pesant que seuls les bruissements du mistral venaient troubler. François était avec Ivan et Sergueï, qui venaient d'arriver. Ils étaient en train d'entreprendre leur repas tranquillement, à la lumière des bougies. L'électricité ne fonctionnait pas, et ils s'offraient les dernières rations militaires ramenées de la caserne. Ils en avaient connu d'autres.

Soudain, un bruit sourd, suivi d'un crissement métallique, les alerta. Ils se levèrent. Dehors, une colonne de caravanes et de voitures se profilait, leurs phares éclairant le chemin poussiéreux menant à l'entrée de la bastide. Pedro, le vieux chef du clan de Roms, était à la tête du convoi au volant d'une vieille Mercedes, les traits tirés par la fatigue mais la mine résolue.

Va voir, dit-il à son neveu Sancho, assis sur le siège passager. On ne va pas plus loin sans avoir vérifié.

Sancho acquiesça, mais au moment où il allait descendre, Klaus

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